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Sun Tzu, échecs et jeu de gô

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Sun Tzu est souvent cité comme la référence suprême en matière de pensée militaire (cf. The Art of War : “If you know the enemy and know yourself, you need not fear the result of a hundred of battles…If you know neither the enemy nor yourself, you will succumb in every battle…The enlightened ruler lays his plan well ahead…hence he is heedful and the good general full of caution…”).

Vladimir Poutine fut souvent décrit comme un maître des échecs et il est vrai qu’il a su profiter avec adresse et détermination des opportunités qui s’offraient à lui, comme en Syrie en 2015 ou après le chaotique retrait d’Afghanistan en 2021, afin d’affirmer une puissance russe. Le jeu d’échecs, pratique dans laquelle les Soviétiques excellaient – consisterait alors à éliminer systématiquement des pièces, à commencer par le Donbass, jusqu’à l’échec et mat pour prendre le roi. Mais qui est le roi pour V. Poutine ? Le président ukrainien ou plutôt les États-Unis et l’OTAN, dont il aurait fallu endiguer l’extension? Mais la stratégie de Poutine pourrait être en réalité différente. Plutôt
que d’échecs, il conviendrait alors de parler du Jeu de Gô. Une politique pouvant s’en être inspirée s’est d’ailleurs déjà développée sous nos yeux, au cours des années, d’Est en Ouest de la Transnistrie au Donbass, et du Sud au Nord de la Crimée à la Biélorussie, qui a complété ce dispositif d’encerclement.

Le jeu de Gô (NB: nom japonais connu en Occident, de l’antique jeu chinois “wei-ch’i”), est le plus ancien “jeu de stratégie combinatoire abstrait” et il a d’ailleurs déjà été théorisé pendant plus d’un millénaire dans des écrits sur la stratégie militaire. Il était le jeu stratégique favori des généraux chinois depuis la dynastie des Han à partir du IIIème siècle av. J.-C.; il faisait partie de l’entraînement des Samouraïs du XVème siècle à l’ère du Meiji et, plus près de nous, Mao Tsé-tung serait censé s’en être inspiré (cf. Jeu de Go et Mao, ouvrage publié il y a déjà quelques dizaines d’années) dans ses réflexions sur l’insurrection communiste de 1927 à 1949, lors de la guerre sino-japonaise, dans les activités insurrectionnelles dans le Sud-Est asiatique après 1950 ou encore à propos de l’affrontement des systèmes de puissances à l’échelon mondial.

L’idée centrale n’est pas celle de l’affrontement frontal mais du contrôle des espaces préalable à la neutralisation de l’ennemi (cf. Stratégie des “proxies” de l’Iran?). Lors de la conquête communiste du pouvoir, le damier du Jeu de Gô fut étendu aux dix-huit provinces traditionnelles de la Chine, le contrôle des “bords” du damier étant essentiel. À la différence du jeu d’échecs, c’est la stratégie à long terme qui prime au détriment de la simple tactique; un échec n’est pas insurmontable et il existe une théorisation de la stratégie défensive se muant en contre-encerclement.

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