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Le Pape Léon XIV se rend en Algérie. Ce sera pour lui notamment un pèlerinage en un lieu où vécut Saint-Augustin. Ce dernier, né au milieu du IVème siècle de notre ère d’une femme berbère et d’un fonctionnaire romain fut évêque d’Hippone, actuellement Annaba, dans l’Est de l’Algérie. Le Pape Léon XIV fit partie de l’ordre des Augustiniens dont il fut le prieur général pendant plus de dix ans.
La référence à Saint-Augustin devrait inciter – au-delà d’un message sur la coexistence de la chrétienté et l’islam – à une réflexion plus générale sur l’histoire, y compris présente. La pensée de Saint-Augustin est celle d’un Romain des marches de l’empire, face à la désagrégation de celui-ci (cf. Rome fut alors saccagée par les Wisigoths en 410), mais aussi l’expression d’un sentiment, face au désarroi ressenti, que quelque chose aussi d’éternel est susceptible d’émerger de la tragédie.
Saint-Augustin ne fut jamais impliqué directement dans la politique, mais sa pensée eut pendant des siècles jusqu’à ce jour une grande influence sur elle. Elle est en particulier connue par son oeuvre “La Cité de Dieu” (413-427): “Deux amours ont bâti deux cités. L’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fit la Cité terrestre; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fit la Cité céleste”.
La relation de la société avec Dieu est au coeur de la réflexion augustinienne. Tout d’abord, le pouvoir est considéré comme venant de Dieu; l’autorité résulte donc d’une forme de délégation de la puissance, étant entendu qu’il ne s’agit aucunement de cautionner quelque exercice du pouvoir que ce soit. La monarchie de droit divin, le couronnement des rois à Reims ou Westminster sous forme d’investiture divine peuvent être considérés comme se rattachant à ce courant de pensée; il n’est pas jusqu’à la prestation des présidents sur la Bible à Washington ou sur la Constitution et l’entrée dans l’Ordre de la Légion d’honneur à Paris qui ne comportent de caractère quasi religieux. Si l’on doit accepter l’autorité, il faut aussi admettre les événements qui s’inscrivent dans un plan général de la Providence
L’Etat est pour un Augustinien “toute société d’êtres raisonnables”. Cela conduit à admettre les acquis des grandes civilisations égyptienne, grecque ou encore romaine, mais aussi à s’interroger aujourd’hui sur la légitimité, voire “le droit à l’existence” de certaines constructions étatiques. Saint-Augustin fut un patriote au sein de l’empire romain, ce qui ne l’empêcha pas aussi de prendre des distances avec ce dernier (“Rome n’est pas éternelle, car seul Dieu est éternel”).
Finalement, la doctrine de Saint-Augustin est une “philosophie pour temps difficiles” (cf. Jean Touchard, “Histoire des idées politiques”); mais elle fut historiquement plus une doctrine de l’Ouest chrétien que de l’Est en affirmant une séparation radicale de l’ordre chrétien et de l’ordre impérial. Cette différence entre civilisations est-elle encore visible de nos jours?